LEMAITRE Xavier

incertain regard – N°21 – Eté 2022

Éphémère
Instant au bord de la Seine

Très haut niveau d’eau, ciel bas, fort loin au levant
Six grands cygnes majestueux sillonnent la Seine.

Ce sont trois couples immaculés, nonchalants.
Ils valsent Tchaïkovski et content Andersen.

Cent très gros goélands se débattent en criant
Car ils se querellent pour convaincre leurs reines.

Sur les basses berges, d’élégants cormorans
Silencieux, s’abritent puis se rassérènent.

Ensemble, ils rêvent du très vaste océan
Qui oublie les doutes, lave les longues peines.

Un bel oiseau d’une belle oiselle s’éprend,
Leurs deux silhouettes couronnent le vieux chêne.

De très nombreux becs allongés se mettent en rang,
Leurs ailes écartées prêtes à entrer en scène.

Certains regardent passer le train de chalands
Qui lentement, mais sûrement, convoie les bennes.

Quand s’évanouit le cortège pénitent,
Le fleuve cède au ciel l’espace de l’arène.

Les lestes palmipèdes quittent le dormant,
S’élancent sur l’onde : ils ont brisé leurs chaînes.

Ces contemplatifs sont de nobles conquérants,
Le ciel est leur royaume où ils lâchent les rênes.

Avec sel, ciel, sable, soleil dans le sang ;
L’ivresse anime leurs rémiges et leurs pennes.

Irréfragables seront les méfaits du temps
Si aucune plume ne les tient en haleine.

Grâce à parole adressée et entendement
Tout geste éphémère fait un acte pérenne.